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Signature Litigation, liberté et flexibilité

Par LA LETTRE DES JURISTES D'AFFAIRES - PHOTOS : MARK DAVIES

À la veille de fêter son deuxième anniversaire, la boutique anglosaxonne de contentieux s’est imposée sur la place parisienne. Portrait d’un cabinet qui revendique sa différence et veut donner au client davantage qu’un simple conseil juridique.

«Un cabinet qui marche bien est un cabinet où tout le monde est motivé ». C’est avec cette conviction partagée que Thomas Rouhette, Emmanuèle Lutfalla et Sylvie Gallage-Alwis, les trois membres fondateurs du bureau français de Signature Litigation ont ouvert leur boutique, il y a presque deux ans. Les associés se connaissent alors depuis 15 ans. Thomas Rouhette et Sylvie Gallage-Alwis ont même travaillé ensemble chez Hogan Lovells. « J’ai fait le constat, lorsque nous étions chez Hogan Lovells, de ce qu’eu égard à la taille massive de la structure, il était très compliqué de gérer les conflits d’intérêts. Nous étions contraints de refuser beaucoup de dossiers, ce qui a engendré des frustrations », se souvient Thomas Rouhette. Et Sylvie Gallage-Alwis de confirmer : « C’était d’autant plus décevant que nous savions que la clientèle venait pour nous ». Après plusieurs années, les avocats réalisent que leur activité est devenue autonome des autres départements de la firme, et qu’ils souhaitent avant tout privilégier – et préserver – leur spécialité. « Notre équipe n’a pas de dimension transactionnelle et n’en aura jamais » clarifie Thomas Rouhette.

L’idée de voler de leurs propres ailes fait ainsi doucement son chemin. Thomas Rouhette entreprend même de consulter, à Londres, Graham Huntley, ancien d’Hogan Lovells, qui avait créé Signature Litigation en 2012 avec deux associés et deux collaborateurs. « J’ai voulu le rencontrer simplement pour savoir comment il avait fait, car son cabinet était un beau succès ». Au fil de la discussion, les avocats se rendent compte qu’ils partagent des valeurs et une culture. Ils conviennent alors, de manière impromptue, de s’associer. « Ce n’était absolument pas prémédité, assure Thomas Rouhette, qui voit dans cette spontanéité un gage de réussite. Il y avait, à Paris, une attente du marché pour un cabinet haut de gamme, de taille raisonnable, qui consacre son activité exclusivement au contentieux et à l’arbitrage international ». C’est ainsi que, le 1er janvier 2019, les trois associés lancent le bureau parisien de Signature Litigation.

> Sylvie Gallage-Alwis

Démarrage en flèche

Thomas Rouhette est déjà très connu sur la place parisienne. Ancien partner de Siméon & associés, il avait rejoint le cabinet Lovells en 2001, qui deviendra ensuite Hogan Lovells. Il porte alors la pratique Litigation, au sein du bureau de Paris et la pratique Product Liability à l’international. Sylvie Gallage-Alwis a, elle, été formée chez Lovells, entrée au cabinet en stage et y ayant fait toute sa carrière, se spécialisant dans la responsabilité du fait des produits et le contentieux de masse. Contrariée alors que sa carrière commence à décoller, elle rêve de dossiers purement contentieux, libérés des problématiques de conflits d’intérêts et aspire à l’indépendance et à la flexibilité. Diplômée de l’ESSEC, elle y a acquis un esprit très entrepreneurial. « La possibilité de développer Signature Litigation, une marque internationale mais encore peu connue au niveau français, tombait à pic », reconnaît-elle.

Emmanuèle Lutfalla, spécialisée en contentieux lié au droit des assurances, fait à ce moment-là carrière au sein du cabinet Soulié & Coste Floret où elle est associée. Confrontée au plafond de verre, elle prend conscience qu’arrivée à ce stade de sa carrière, elle doit soit se résigner, soit prendre des risques. Elle choisit la deuxième option. « Ces deux-là m’ont fait fondre, sourit-elle, expliquant avoir été séduite par le talent de ses deux futurs acolytes. L’aventure me plaisait : développer mon savoir-faire sous l’égide de cette marque, entourée de cette équipe… J’ai dit oui les yeux fermés ».

Dès l’ouverture du cabinet, les clients historiques de Thomas Rouhette et Sylvie Gallage-Alwis viennent sonner à la porte. Cette dernière se révèle dans cette nouvelle facette d’entrepreneur en parvenant à faire entrer un important dossier en responsabilité du fait des produits toxiques dès les premiers jours. « Je me souviens être allée pitcher le client un dimanche ! », explique-t-elle. Emmanuèle Lutfalla a, quant à elle, immédiatement été sollicitée par d’importants groupes hôteliers. Bref, les associés se relèvent les manches et les premiers mois se révèlent être un succès. Mais les fondateurs veulent aller encore plus loin dans leur développement.

> Flore Poloni

Nicolas Brooke rejoint la boutique quelques mois plus tard, en mai 2019. Son arrivée est très médiatisée et permet d’asseoir un peu plus la marque Signature Litigation sur la place parisienne. Après avoir été avocat au sein du cabinet Lovells, où Thomas Rouhette avait été son premier « patron », Nicolas Brooke a ensuite rejoint la Société Générale où il est promu directeur juridique du département contentieux et enquêtes internes. Il y développe notamment une expertise en compliance et participe à la conclusion de la première CJIP de l’histoire entre une entreprise française, le parquet national financier et le DOJ américain. Il croise par la suite, la route de Thomas Rouhette lors d’un voyage à l’étranger. Séduit par le modèle de Signature Litigation et par sa double implantation à Paris et à Londres, il décide de sauter le pas et de rejoindre le cabinet. « Ils proposaient un modèle de structure flexible et pertinent », indique-t-il. En tant que client de grands cabinets, il dit avoir été, lui aussi, irrité par des refus qui lui étaient opposés pour cause de conflits d’intérêts. « Il est très décevant de ne pas pouvoir travailler avec quelqu’un que l’on apprécie pour cette raison ». L’ancien directeur juridique n’est pas rebuté par la taille restreinte de l’équipe, bien au contraire. « Dans ma matière, il n’est pas nécessaire d’avoir une armée de collaborateurs pour faire de la discovery. En réalité, il faut surtout des informaticiens. Et d’ailleurs, les clients le comprennent parfaitement », précise-t-il. Il intègre donc l’équipe en apportant des clients prestigieux.

En septembre dernier, Flore Poloni est venue compléter le panel d’expertises du bureau parisien en apportant ses compétences en arbitrage. Issue du cabinet August Debouzy, où elle avait passé dix ans, elle aspirait à un nouveau projet mais ne connaissait les quatre associés que de nom et de réputation. Leur rencontre est convaincante et elle adhère à leurs valeurs. « Ils accordent de l’importance à la qualité de la relation avec le client et sont flexibles dans leur fonctionnement ». L’avocate est également marquée par le professionnalisme de l’équipe londonienne d’arbitrage d’investissement au contact de laquelle elle élargit ses compétences, ainsi que le multilinguisme des collaborateurs. Le modèle d’une boutique où le nombre de conflits d’intérêts est plus faible lui apparaît également convenir au développement d’une activité d’arbitre à laquelle elle prétend.

> Nicolas Brooke

Avec l’arrivée de Flore Poloni en arbitrage international, l’équipe parisienne couvre désormais toutes les facettes des matières contentieuses. « La prochaine étape sera de renforcer l’équipe grâce à des renforts latéraux », indiquent les associés. Et des promotions internes pourraient également advenir. « C’est entre les mains de chaque collaborateur », estiment-ils.

Une approche client originale

La philosophie centrale du cabinet, celle qui fait la différence et qui le rend compétitif sur le marché, c’est de concevoir la matière contentieuse non pas comme une fin en soi, mais comme un élément d’accompagnement d’un projet global. « Nous concevons le contentieux comme une matière dynamique », expliquent les associés. Dans le cadre d’un dossier, ils fixent avec le client des objectifs qu’ils s’efforcent de tenir sans se disperser pour générer de la facturation inutile. « La confiance en l’avocat qui va vous emmener dans la tranchée est primordiale », lance Thomas Rouhette. Flore Poloni explique par exemple qu’en arbitrage, beaucoup de frais peuvent être excessifs et non justifiés. « Pour ma part, j’aime façonner la procédure pour qu’elle corresponde aux besoins du client. J’essaye d’éviter les actes qui ne sont pas indispensables pour la réussite du dossier. Il est par exemple inutile de procéder à la cross examination d’un témoin si vous savez par avance qu’elle n’apportera rien à votre argumentaire ». L’équipe veut en outre en finir avec ces craintes des clients de faire « tourner le compteur » dès qu’ils passent un coup de téléphone à leur avocat.

Cette approche business, les associés l’inculquent également aux collaborateurs, essayant de mettre en place une relation dans laquelle l’avocat trouve naturellement sa place au sein de l’équipe du client. « Nous devons pouvoir nous adresser aussi bien au PDG, qu’au directeur technique, ou à l’opérationnel ». Le cabinet revendique apporter un vrai confort, « une véritable stratégie », résument-ils. « Chez nous, les maîtres mots sont réactivité et créativité », assure Emmanuèle Lutfalla. L’organisation se doit donc d’être en adéquation avec ces objectifs. Les associés travaillent en binôme parfait avec un collaborateur, capable d’être autonome et de prendre le relais si nécessaire. Et la formule fait mouche.

> Thomas Rouhette

Bien sûr, les bons résultats du cabinet s’expliquent aussi par les effets limités de la crise sanitaire sur l’activité judiciaire. Il y a certes eu un ralentissement pendant la période du confinement, en avril et en mai, du fait de la fermeture des juridictions, mais l’impact a, somme toute, été limité. « Dès le mois de juin, nous étions en suractivité ». Notamment la pratique d’Emmanuèle Lutfalla, saisie de nombreux dossiers d’assurance dans le secteur de l’hôtellerie. Nicolas Brooke est également très sollicité par des entreprises auxquelles la crise a fait prendre conscience de ce que leur programme de compliance n’était pas au niveau exigé.

Une structure atypique dans son fonctionnement

« Nous ne vendons pas de technologie, nous ne vendons pas des process, mais du temps d’associé, de la valeur ajoutée » affirme l’équipe. Pour être efficaces, ils entendent se débarrasser de toute la « bureaucratie » et des lourdeurs afférentes au fonctionnement d’un cabinet classique. Toutes les fonctions support sont ainsi externalisées. « La RH, la facturation, l’IT, sont assurés par une autre entreprise », détaille-t-on. Un mode de fonctionnement efficient et adapté car les prestataires sont intégrés à l’équipe. « Cela permet simplement d’avoir des charges fixes, des personnes réactives et une meilleure qualité de service, car nous sommes clients et pas employeurs ».

> Emmanuèle Lutfalla

Les avocats collaborateurs sont eux, sous contrat avec l’AARPI, mais ils ne sont pas attachés à un associé. Le cabinet encourage par ailleurs l’entrepreneuriat et la constitution d’une clientèle qui peut éventuellement être apportée au cabinet. Et même si chacun des associés a son domaine d’expertise dédié, les clients sont avant tout des clients du cabinet. Il n’est pas rare de travailler des dossiers à plusieurs et d’échanger sur les dossiers. Par exemple, dans un dossier de responsabilité des produits comportant un risque d’action de groupe au Royaume-Uni, Nicolas Brooke viendra préparer le client français en complément du travail fait par Sylvie Gallage-Alwis.

« Nous communiquons quotidiennement avec Londres, comme dans les gros cabinets, nous adaptons nos ressources et nous leur envoyons des clients » précisent les associés. Et même si le bureau parisien est en AARPI, tous les cinq sont associés au sein de la LLP anglaise. « Le cabinet a été conçu avec une vraie dimension d’implication de chacun ». Les trois bureaux du cabinet comptent aujourd’hui, au total 17 associés et une centaine de collaborateurs et de salariés. « Nous avons voulu développer un système dans lequel la réussite de la firme est aussi celle de ses membres. Il existe chez nous une culture de la méritocratie et chacun peut agir pour le collectif en développant des compétences ». Et d’ailleurs, aux termes de l’accord signé par les associés – une sorte de Constitution du cabinet - 10 % des profits sont redistribués aux membres non associés, au prorata de leur salaire ou de leur rétrocession. Cet intéressement s’ajoute au bonus éventuel. Ainsi, au 31 mars 2020, collaborateurs et salariés ont chacun perçu 17, 2 % de leur rémunération annuelle en plus. Auquel s’est ajouté, pour les collaborateurs, un bonus pouvant atteindre 30 %. Des chiffres à faire pâlir d’envie leurs confrères en cette période de crise. Mais que l’on ne s’y trompe pas, le bureau parisien est autonome du cabinet londonien. D’ailleurs pour la facturation, le bureau de Londres n’intervient pas sur les dossiers français. Ce serait d’ailleurs absurde. « Les typologies de dossier sont différentes, estiment les parisiens. Nous pouvons échanger pour pitcher les clients, mais jamais le bureau de Londres ne nous a fait la moindre remarque. Nous n’avons pas du tout le sentiment d’un contrôle ». Liberté et indépendance, voilà précisément les valeurs qui guident l’équipe. 

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