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Sarah Leroy, dynamique et engagée

Par Anne Portmann - Reportage photographique : Mark Davies

Arrivée il y a un peu plus d’un an au sein de Tereos, deuxième groupe sucrier au monde, Sarah Leroy souhaite donner une nouvelle dimension à la fonction de directeur juridique afin qu’elle accompagne aux côtés de la direction générale l’entreprise dans son nouveau rôle sociétal.

Sarah Leroy a grandi dans un milieu international. Elle a, de par ses origines maternelles anglaises, acquis une double culture, et parle notamment français, anglais et allemand. Elle a beaucoup voyagé, a vécu par exemple en Angleterre, où elle a obtenu un LLM après avoir étudié le droit à Orléans. Elle a également vécu au Québec. Elle est aujourd’hui mariée à un avocat d’origine iranienne. Cette diversité, elle s’efforce de la transmettre à ses enfants, qui en plus d’avoir également une double, voire une triple culture, parlent, comme elle, plusieurs langues et pratiquent diverses activités sportives et artistiques. « Apprendre plusieurs langues, connaître différentes structures linguistiques développe des aptitudes à écouter et à entendre les silences », explique-t-elle, convaincue que ce foisonnement, cette ouverture aux autres est une richesse inestimable. Elle même a grandi dans un milieu où elle a côtoyé autant de juristes, magistrats ou avocats que d’artistes. C’est naturellement qu’elle s’est dirigée vers des études de droit, attirée à la fois par la rigueur de la matière juridique et par la liberté qui y est donné d’emprunter divers chemins pour atteindre un même objectif. Mais Sarah Leroy sait s’accommoder des paradoxes et en jouer. En parallèle de ses études de droit à Orléans, elle a suivi les Beaux-Arts. Et même si elle regrette aujourd’hui un peu de ne plus dessiner, peindre ou sculpter, elle revendique sa créativité au quotidien. « Dans un environnement globalisé, le juriste doit être créatif et innovant afin de répondre aux besoins des entreprises, considère-t-elle. C’est cette créativité qui nous distinguera. »

L’entreprise, terre promise

Après un LLM en Angleterre, Sarah Leroy rentre en France pour commencer sa carrière au sein du groupe General Electric. Elle y rencontre Jean Claude-Najar, « une personne remarquable », qui y est alors directeur juridique. Il la convainc de passer l’examen du barreau. Pour faire ses premières armes en cabinet, elle entre chez Jones Day, puis rejoint August & Debouzy. Elle travaille dans un environnement international, reflet de ce qu’elle est, dans des dossiers en anglais ou en allemand, mais toujours en conseil. « J’aime les challenges, j’aime gagner, mais je ne me suis pas pour autant dirigée vers la pratique du contentieux, souligne-t-elle. Ce qui m’anime, c’est concevoir un projet, le réaliser et ensuite le partager. »

Mais au bout de quelques années, il est temps de changer d’environnement. « Mes expériences en cabinet étaient passionnantes et j’ai beaucoup aimé cette vie d’avocat, mais j’ai reçu une proposition d’Axa, que je n’ai pas pu refuser. » Le gérant d’actifs Axa Real Asset lui propose en effet de créer une fonction juridique afin de l’accompagner dans le développement de ses nouvelles activités de gestion de portefeuille d’actifs alternatifs pour le compte de tiers. Elle rejoint alors l’entreprise. Quinze années durant lesquelles elle occupe trois postes successifs, jusqu’à transformer complètement le département juridique en regroupant les équipes régionales européennes au sein d’une seule équipe transverse et globale. « Il fallait que la DJ puisse avoir une vue d’ensemble, la full picture et qu’elle s’approprie la stratégie du groupe pour redonner un sens au juridique. » Elle rejoint le comité exécutif et monte l’équipe chargée de coordonner le projet, en développant les compétences des juristes en place afin de les faire sortir de leur zone de confort et en recrutant. Des profils différents, internationaux, à l’image de qu’est le groupe et de la culture juridique qu’elle veut insuffler.

Donner l’impulsion

Sarah Leroy le confesse, après avoir travaillé dans le secteur financier, elle a besoin de concret, de tangible et aspire à aller vers l’industrie. C’est dans le secteur de l’agro-industrie qu’elle posera finalement ses valises, la rencontre avec Alexis Duval, PDG du Groupe Tereos, étant déterminante. Là aussi, Sarah Leroy remet à plat l’existant pour faire du département juridique un centre d’expertise complet, qui couvre outre les domaines classiques du droit (contrats internationaux, M&A, financement, corporate concurrence, consommation, data, IP, environnement immobilier), les assurances, le social, la compliance bien sûr, mais aussi la gouvernance et le fiscal. Elle recrute, remotive, reconstitue, transforme, toujours avec sa marque de fabrique : introduire de la diversité, de la pluralité. Indispensable lorsque l’on sait que le groupe Tereos est présent dans 170 pays et a des activités diversifiées. Sarah Leroy obtient de reporter directement au PDG et siège d’ailleurs au sein du Comité de direction du groupe. « Je voulais avoir la possibilité de faire évoluer mes équipes et de donner une position forte à la direction juridique au sein de l’entreprise », explique-t-elle. Elle indique recevoir le soutien constant du président du groupe sur ces questions. L’impulsion donnée par la direction a fortement accéléré la transformation de l’état d’esprit des collaborateurs de l’entreprise vis-à-vis du service juridique. « La compliance est devenue l’un des piliers stratégiques du groupe », se félicite-t-elle. Elle poursuit : « La compliance est un enjeu fondamental pour les entreprises, et la transparence nécessaire dans le cadre d’établissement de relations de confiance, avec l’ensemble des parties prenantes. » Elle estime que les entreprises doivent saisir l’opportunité de l’autorégulation, outil complémentaire qui permet l’appropriation et la mise en œuvre des principes de compliance. Ces principes  seront d’autant plus accessibles et intelligibles qu’ils pourront être justes et adaptés aux besoins et aux activités. « Lorsque les règles sont imposées sans marge de manœuvre, elles sont parfois difficiles à faire comprendre et à faire accepter ». Pour que cette souplesse permise par l’autorégulation puisse s’imposer, les entreprises doivent anticiper et être moteur du changement, grâce à leurs juristes.

Sarah Leroy augure ainsi que dans le futur proche, l’implication pleine et entière des juristes dans l’élaboration de la stratégie de l’entreprise sera reconnue comme un facteur de performance économique et de compétitivité. « Dans un environnement sociétal où la demande de transparence devient prégnante, un nombre croissant de parties prenantes veulent exercer une influence directe sur les choix stratégiques de l’entreprise : les salariés, les actionnaires, les associations, les consommateurs, etc. Tout cela amènera la France à repenser le rôle des administrateurs et des conseils de surveillance », analyse la directrice juridique. L’émergence de la fonction de secrétaire général, dont les rênes sont parfois confiées à des juristes, témoigne de cette mutation. « On pourrait envisager la création d’un “fiduciary duty” à la française », lance-t-elle. Le terme anglo-saxon, littéralement traduisible par « obligation fiduciaire », recouvre une notion encore peu familière aux Français. « C’est une responsabilité, pour l’administrateur de société, qui transcende l’intérêt social, c’est l’obligation d’agir avec honnêteté et diligence, dans l’intérêt des deux parties et de la société. » Sarah Leroy milite pour que les juristes s’emparent de la question accompagnant les entreprises dans cette demande croissante de transparence, tout en délimitant des zones de non-immixtion, zone de compétence et de responsabilité des administrateurs.

À titre prospectif, elle ne conçoit pas que le legal privilege ne soit pas accordé à court terme, sous une forme ou sous une autre. Elle prédit que d’ici 15 à 20 ans, tous les juristes seront unis, à l’instar des lawyers américains. Une union qui sera nécessaire pour répondre à l’immense besoin de droit et aux importants enjeux de société comme la santé publique, la sécurité alimentaire, l’environnement etc., enjeux que les entreprises doivent anticiper, alors que les pouvoirs publics, submergés, seront cantonnés dans la réaction. « Ces questions feront partie de la compétitivité économique de nos entreprises », affirme-t-elle.

Échanger avec ses pairs

C’est après avoir procédé à la réorganisation du département juridique d’Axa Real Asset que Sarah Leroy ressent elle-même, le besoin de se réinventer. Elle souhaite se confronter à ses pairs, échanger avec eux sur les problématiques et les enjeux communs qui agitent la profession de juriste. Elle adhère alors à l’Association française des juristes d’entreprises (AFJE) et s’y investit pleinement. « J’y ai trouvé un réseau qui permet d’échanger à tout moment avec un autre juriste qui a été confronté à la problématique que vous rencontrez. Il y a au sein de cette association, de la bienveillance et une envie de partager que je n’ai trouvé nulle part ailleurs. » Parmi les rencontres qu’elle y fait, celle, majeure, avec Stéphanie Fougou, que Sarah Leroy tient en haute estime. Un sentiment partagé par la présidente d’honneur de l’AFJE, qui décrit Sarah Leroy comme « faisant partie de la nouvelle génération de managers professionnels au grand cœur » et considère que c’est une femme « décidée et engagée, qui a un sens aigu de l’équilibre de vie et sait où elle va ».

Au sein de l’AFJE, où elle est devenue administratrice, Sarah Leroy s’investit notamment dans les questions de formation. Elle souhaite par exemple éduquer les jeunes juristes à la communication et à l’écoute afin qu’ils puissent de par leur comportement, évangéliser au sein des entreprises. « Les juristes doivent acquérir le même langage que les opérationnels, ils doivent savoir expliquer, faire le lien entre les collaborateurs et la direction afin d’être perçu comme un partenaire et non comme un empêcheur de tourner en rond », pense-t-elle. Elle constate que les jeunes juristes ne sont pas formés à ces « soft skills » qui fluidifient tellement les échanges dans l’entreprise, et aussi avec les autres professions. « Les juristes ont souvent pu être habitués à travailler en silo, mais l’on constate une évolution vers le décloisonnement que ce soit entre juristes mais également dans la relation avec les opérationnels », se félicite-t-elle. Elle se réjouit, à cet égard, de la formation commune « magistrats, avocats, juristes » (MAJ), lancée à l’occasion du dernier Grenelle du droit, qui permettra aux professions du droit de mieux se connaître.

Parlant de ses relations avec les avocats, elle indique les considérer comme de « véritables partenaires » et assume, dans sa relation avec eux, de jouer le rôle de courroie de transmission. Elle se dit d’ailleurs favorable au détachement, tant pour les avocats que pour les juristes. « Les juristes doivent savoir comment l’entreprise fonctionne, ils doivent aller sur les chaînes de montage, dans les lieux de production, visualiser et comprendre les métiers. » Sarah Leroy milite également pour que les juristes deviennent juges consulaires et encourage les entreprises à les y pousser.

Dans son rôle de recruteur, elle est d’ailleurs très intéressée à l’altérité. Elle privilégie les profils mixtes, les personnes qui ont un parcours universitaire et « un plus », sans s’arrêter au seul CAPA. « Je suis très attachée au potentiel de développement des candidats. » Elle est bien entendu sensible à une expérience à l’étranger, mais aussi à d’autres critères, comme un engagement associatif ou un sport pratiqué à haut niveau. « Je suis assez épatée par ce que font les jeunes aujourd’hui, confie-t-elle, avouant une inclination pour “ceux qui pensent différemment”. » Pour elle une équipe doit être diverse, pour que fusent les échanges et pour qu’émerge une position commune.

Sarah Leroy s’investit aussi beaucoup, au sein de l’association sur le volet diversité, qui lui tient à cœur, « Parité, inclusion, handicap. Ce sont autant d’espaces de développement pour les juristes, relève-t-elle. Il y a de vastes possibilités d’évolution sur ces sujets, qui ne sont pas de simples outils de communication, mais de véritables enjeux de société au cœur desquels les entreprises doivent s’inscrire. » Toutes ces thématiques s’inscrivent au cœur du mouvement relatif à la raison d’être de l’entreprise, qui est en train d’émerger au niveau législatif. Pour elle, c’est la « place naturelle » du juriste que de s’occuper de ces questions de droit des salariés. 

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